Quand les éditorialistes français se prennent pour des islamologues

Le récent attentat contre une mosquée dans le Sinaï par des islamistes a donné lieu à un véritable déferlement de commentaires stupides et incultes de la part des éditorialistes de la presse française. Un feu d’artifice. Selon plusieurs d’entre eux, le fait que cet attentat frappe une mosquée et des civils musulmans prouve que les terroristes islamistes ne sont porteur d’aucune idéologie religieuse. On retrouve ici le poncif véhiculé par les idéologues forcenés du « vivre ensemble » après chaque attentat : « l’islam ce n’est pas ça ». L’occasion était donc trop belle pour eux de se rassurer et de relancer la machine à propagande. Et à chaque fois la méthode est la même. Nos éditorialistes se transforment en islamologues. Mais au nom de quoi ces éditorialistes, qui sont chrétiens, juifs, laïcs, athées ou agnostiques sont-ils qualifiés pour désigner qui est musulman et qui ne l’est pas ? En quoi sont-ils qualifiés pour désigner qui est fidèle au message de l’islam et qui ne l’est pas ? Sont-ils des spécialistes de l’islam ? Non. Sont-ils des exégètes de la religion et de la civilisation islamique ? Non. La vérité c’est que l’islam est aujourd’hui une religion malade qui ne s’est jamais réformée et qui privilégie toujours la lecture littéraliste des textes car toute interprétation ou modification des écrits est absolument proscrite. Dans ces conditions, oser affirmer, comme le font nos éditorialistes, que tout cela n’a rien à voir avec l’islam est proprement délirant.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que des islamistes sunnites s’attaquent à d’autres musulmans. Surtout si ces musulmans sont considérés comme des hérétiques. Si nos éditorialistes admettent que les musulmans visés par l’attentat dans le Sinaï appartiennent au courant du soufisme, ils ajoutent que ce dernier est honni par l’Etat islamique. Non messieurs. Il n’est pas honni uniquement par les membres de cette organisation terroriste. Il est également honni par l’islam sunnite orthodoxe, majoritaire dans le monde musulman, tout comme par les wahhabites ou les salafistes. Tout comme sont honnis tous les courants de l’islam considérés comme hérétiques : le soufisme mais aussi les alaouites, les druzes, les yézidis, les chiites, les alévis etc… La liste est loin d’être exhaustive. Cette haine à l’égard des musulmans considérés comme hétérodoxes n’est pas une singularité de l’Etat islamique, ni même une singularité des djihadistes ou des différents mouvements islamistes sunnites.

Mais l’ignorance crasse de nos éditorialistes ne s’arrêtent pas là. Pour eux, si les musulmans appartenant au soufisme ont été visés cela est dû à la nature pacifique et mystique de ce dernier. Comme le dit l’adage populaire : vaut mieux entendre cela que d’être sourd. Si le soufisme est assurément mystique et par là même hérétique aux yeux des musulmans sunnites, il n’est pas du tout pacifique. Le soufisme n’hésite pas à lancer des appels au djihad et à le pratiquer si nécessaire. Ce fut le cas durant le XIXème et le XXème siècle au Soudan ou en Libye notamment. Le soufisme autorise également la polygamie et repose sur une doctrine homophobe et sexiste. En faire une sorte d’islam des lumières comme on peut le lire ici ou là est totalement ridicule.

Ridicule qui rejoint le risible lorsque dans certains journaux on peut lire, le même jour, que le soufisme est attaqué en Egypte car il représente un islam pacifique et tolérant et qu’au même moment au Pakistan des affrontements violents se déroulent entre la police et des islamistes. Islamistes appartenant à la secte barelvi, liée… au soufisme. Et pour quelle raison ces affrontements ? « Pour défendre l’honneur du prophète » bafoué selon eux par le ministre de la justice pakistanais, accusé du crime de «blasphème» pour avoir modifié les termes de la prestation religieuse de serment dans la loi électorale pour permettre aux Ahmedis, une branche de l’islam persécutée au Pakistan, de se présenter aux élections. Malgré le recul rapide du gouvernement dès le début des protestations, la secte barelvi a amplifié le mouvement aboutissant aux violents affrontements de dimanche qui ont causé la mort d’un policier. Il est donc permis de relativiser le pacifisme et la tolérance du soufisme au vu des événements récents au Pakistan.

Mais qu’à cela ne tienne, si le ridicule et la réalité avaient une quelconque prise sur nos « spécialistes » de l’islam cela fait longtemps que nous n’aurions plus à lire leurs inepties après chaque attentat. Gageons qu’au prochain nous aurons à nouveau droit à des éditorialistes qui se transformeront en autant de mauvais islamologues. Le « vivre ensemble » vaut bien que l’on se prenne les pieds dans un tapis de prière.

La rédaction

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Catégories :France

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