Espagne : la Catalogne proclame son indépendance, Madrid suspend l’autonomie de la province

Madrid a annoncé des élections anticipées le 21 décembre alors que le Parlement catalan a approuvé «l’indépendance».

Madrid ne voulait pas d’une déclaration d’indépendance. Barcelone refusait de convoquer des élections régionales. La Catalogne aura finalement les deux. Les députés indépendantistes du Parlement catalan ont déclaré l’indépendance de la «République catalane», ce vendredi à 15 h 30. À Madrid, à 16 h 15, le Sénat autorisait Mariano Rajoy à exercer sa tutelle sur la région. Et à 20 h 30, le chef du gouvernement espagnol annonçait la destitution du président catalan Carles Puigdemont et de l’ensemble de son gouvernement, la dissolution du Parlement régional et la convocation d’élections anticipées le 21 décembre prochain. La loi prévoyant que 54 jours s’écoulent entre la dissolution et le scrutin, Rajoy a choisi la première date possible, un jeudi, alors que les Espagnols votent habituellement le dimanche.

Le Sénat espagnol et le Parlement catalan se sont livrés, ce vendredi, à un duel à distance pour définir le statut de la Catalogne. Région d’Espagne sur le point d’être soumise à la tutelle de Madrid, selon la réalité officielle et le vote de la Chambre haute. République indépendante et souveraine, dans la réalité parallèle que veulent instaurer les indépendantistes.

La résolution a été adoptée par 70 votes pour, 10 contre et 2 votes blancs. Les 53 représentants de Ciudadanos (centre), Parti populaire (PP, droite) et Parti socialiste (PSC), hostiles à l’indépendance, avaient quitté l’hémicycle pour éviter de participer au vote.

Après le vote, les députés indépendantistes se donnaient de longues accolades, tandis que les invités, dont plusieurs centaines de maires de la région, lançaient des «Visca Catalunya!» (Vive la Catalogne), «Visca la Republica!» et autres «Llibertat!». Devant le grand escalier de pierre où s’étaient rassemblé les élus, Carles Puigdemont a évité de prononcer le terme d’indépendance: «Aujourd’hui, le Parlement de notre pays, légitime et issu des urnes, a fait un pas longuement attendu et pour lequel nous nous sommes tant battus», a-t-il déclaré.

Près d’un mois après le référendum d’autodétermination organisé le 1er octobre dans des conditions très contestables et marqué par de violentes charges policières, les indépendantistes ont adopté l’une de ces résolutions ambigües dont ils ont le secret. Le document, long de dix pages, prétend lancer un processus constituant sans proclamer explicitement l’indépendance. Le préambule se contente de citer un texte signé par les députés indépendantistes le 10 octobre en dehors de l’hémicycle et qui dit «constituer la République catalane comme État souverain et indépendant». Une espèce de déclaration enchâssée, comme une poupée russe.

Une ambiguïté calculée, peut-être dans le but de rassurer les députés inquiets par les conséquences pénales de ce que le Parquet interprète comme un acte de sédition, voire de rébellion, des délits passibles, pour l’un, de 15 ans de prison, pour l’autre, de 30 ans de rétention. De manière inhabituelle, le vote s’est effectué dans l’urne au lieu de le faire par voie électronique. Le secret du vote est également une manière de protéger les députés indépendantistes. Le président catalan Carles Puigdemont est, lui, d’ores et déjà visé par une procédure judiciaire pour «rébellion» engagée par le parquet général d’Espagne.

Le texte relatif à l’indépendance prévoit qu’un processus constituant «se termine par la rédaction et l’approbation de la constitution de la République». Il lance une transition qui doit transformer la région en État, en vertu d’une loi catalane approuvée le 7 septembre dernier.

Au Sénat, Rajoy a défendu lui-même les mesures pour lesquelles il a réclamé et obtenu l’approbation des sénateurs. «Nous faisons face à un défi de dimensions inédites dans notre histoire récente», a-t-il considéré. Le chef de l’exécutif a estimé que «la loi, l’État de droit et le respect des minorités ont été piétinés», provoquant les applaudissements du Sénat, où sa formation, le Parti populaire (PP, droite), jouit d’une majorité absolue.

Rajoy a annoncé lui-même les mesures approuvées par un Conseil des ministres extraordinaire tenu dans la soirée. Ces dispositions s’inscrivent dans le cadre de l’article 155 de la Constitution, prévu en cas de rébellion d’une région espagnole et jamais appliqué depuis l’approbation de la norme fondamentale en 1978. La Cour constitutionnelle a également été saisie pour suspendre, dans un premier temps, puis annuler, au terme de son examen, la résolution indépendantiste.

À sa sortie du Conseil des ministres, le chef de l’exécutif a dit vouloir organiser «un scrutin propre, libre et légal». Il a également annoncé sa décision de fermer les «ambassades» qui représentent les intérêts du gouvernement catalan à l’étranger. Des délégations ont été ouvertes à Paris, Londres, Berlin ou New York.

En choisissant de dissoudre, dès vendredi soir, le Parlement catalan, Rajoy limite à la plus courte période possible sa tutelle sur la région. Une façon d’échapper aux critiques d’autoritarisme, mais aussi d’écourter une intervention que l’on imagine très complexe. Les deux grandes associations indépendantistes pourraient appeler leurs sympathisants à protéger physiquement les institutions catalanes, ce qui contraindrait Madrid à déployer la police. Et une fois les dirigeants délogés du gouvernement régional, le pouvoir central devra encore donner ses ordres aux 200.000 fonctionnaires catalans et espérer être obéi.

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2017/10/27/01003-20171027ARTFIG00373-l-espagne-met-sous-tutelle-une-catalogne-proclamee-independante.php

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Catégories :Catalogne, Espagne

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