France : “Nos gouvernants sont conscients de leur impuissance”

Pour la démographe Michèle Tribalat, si les flux migratoires à venir n’atteindront pas ceux de 2015, la situation s’annonce néanmoins très critique, d’autant que les dirigeants européens semblent toujours tétanisés par le sujet.

Pensez-vous que, en ce début d’été, la France et l’Europe font de nouveau face à un fort afflux de migrants ?

D’après Frontex, qui enregistre les franchissements clandestins des frontières européennes, rien de comparable à ce que nous avons connu en 2015. Les mois de mai et juin 2017 ressemblent aux mêmes mois de 2016. Il est donc probable que les trois derniers trimestres de cette année ressembleront à ceux de l’année dernière. Mais ce qui s’apparente à une accalmie par rapport à 2015 est quand même bien supérieur à ce qui a été observé en 2013 : 227 000 sur les trois derniers trimestres 2016, contre 98 000 sur la même période en 2013. Il est possible aussi que les relocalisations de migrants, déboutés de l’asile dans d’autres pays européens, donnent l’impression d’un flux croissant en France. Par ailleurs, la voie principale d’arrivée est maintenant l’Italie, dont l’intérêt est que les migrants remontent vers le nord. Mais nous parlons ici de migrations illégales. Les migrations légales n’ont pas disparu pour autant.

Les chiffres les plus récents font état d’une forte baisse des arrivées entre 2015 et 2016. Comment l’expliquez-vous ?

Frontex n’enregistre pas les arrivées, mais les franchissements illégaux de frontières (il peut y avoir des doubles comptes). Leur nombre, au cours du premier trimestre 2016, est resté bien supérieur à celui de 2015. Puis, le flux a fortement baissé, en raison surtout de l’accord avec la Turquie. C’est donc M. Erdogan qui a la main sur le robinet et exerce un chantage très efficace sur les gouvernements de l’Union européenne. Ces derniers ne protestent guère contre les violations des droits de l’homme en Turquie. C’est une excellente opération pour le président turc, qui peut faire à peu près ce qui lui plaît sans risquer les remontrances de l’Europe.

Vous affirmez que le programme d’Emmanuel Macron comportait plusieurs erreurs, numériques ou conceptuelles, sur la question migratoire. Qu’avez-vous relevé en particulier ?

Ceci, par exemple : « La France est un vieux pays d’immigration, avec une part d’immigrés relativement stable (moins de 10 %) dans la population et une immigration régulière annuelle modérée (environ 210 000 titres de séjour remis par an). » Le dernier chiffre connu de la part des immigrés dans la population de la France métropolitaine est celui de 2015 (9,3 %). C’est la plus forte proportion enregistrée depuis 1911. Elle n’a montré aucune stabilité, sauf sur le dernier quart du XXe siècle (7,4 %), et n’a cessé d’augmenter depuis à un rythme voisin de celui des Trente Glorieuses. Pas de stabilité des flux non plus. Le nombre de premiers titres de séjour délivrés a augmenté de 72 % depuis 2000 : 228 000 en 2016. Ce dernier chiffre est une estimation du ministère de l’Intérieur, qui n’a pas été mise à jour en juin, comme c’était le cas les années précédentes.

La France devrait-elle renégocier les conventions européennes concernant la mobilité des personnes ?

Si la France le faisait, cela ne pourrait se limiter à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Les mêmes droits figurent dans les traités de l’Union européenne. Ce qui complique sérieusement la question.

Pourquoi est-il si difficile de parler d’immigration en France — surtout quand il s’agit d’émettre une observation critique ?

Vous êtes vite accusé d’association, au moins par la pensée, avec le Front national. Ce dernier est décrit comme une maladie contagieuse dont on s’efforce de découvrir les signes précoces chez les autres. Une fois que la maladie a été détectée, votre réputation est fichue. Parler systématiquement en bien de l’immigration et dénoncer les récalcitrants sont les moyens les plus sûrs de protéger sa réputation. Il faut y ajouter l’intérêt des gouvernants, conscients de l’impuissance dans laquelle ils se sont enfermés eux-mêmes.

Selon vous, même des instituts officiels, comme l’Insee, ou certains chercheurs reconnus peuvent donner à voir une réalité déformée du phénomène. Comment est-ce possible ?

C’est souvent un problème d’outils, mais l’Insee a fait des progrès. Il décompose maintenant le solde migratoire à partir des enquêtes annuelles de recensement, si bien que le recours au solde migratoire global, pour prétendre que l’immigration étrangère est faible, est moins fréquent. Mais, à partir du moment où une valeur morale est attachée aux observations statistiques d’un certain type, vous avez inévitablement des manipulations de données. Il ne faut pas non plus sous-estimer la volonté de démentir les perceptions communes. Le manque de curiosité devient alors un atout (…)

Source : https://www.valeursactuelles.com/societe/nos-gouvernants-sont-conscients-de-leur-impuissance-86313

APPEL AUX DONS

Nous nous sommes fixés comme objectif d’atteindre 200 euros/mois. Vous pouvez également cocher la case « Récurrence de l’action » pour que le don soit mensuel. Si cette case ne s’affiche pas sur votre mobile alors il convient de le faire à partir d’un ordinateur. Nous comptons sur vous !

Soutenir civilwarineurope

Donate Button with Credit Cards

Publicités


Catégories :France

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :