L’analyse du jour : Emmanuel Macron ou le syndrome du guépard

Pourquoi ne pas le dire ? Emmanuel Macron réalise jusqu’à présent un sans faute. Il redonne même une crédibilité à la fonction de Président de la république en adoptant une allure martiale et un ton juste qui avaient disparu avec Nicolas Sarkozy et François Hollande. Cela a été particulièrement vrai lors de sa visite aux troupes françaises présentes au Mali. Les soldats français ne s’y sont d’ailleurs pas trompés et ils ont accueillis chaleureusement ce nouveau Président à peine plus âgé qu’eux. Sur place Emmanuel Macron a su combiner la distance nécessaire qui sied au général des armées et la proximité du chef qui plait tant aux soldats.

Mais au-delà de la forme et de l’image on ne peut s’empêcher d’éprouver une inquiétude quant au fond du discours. Tout d’abord Emmanuel Macron a confirmé l’engagement des troupes françaises au Mali. Il persiste ainsi dans l’erreur de son prédécesseur. La guerre au Mali est sans fin. La stratégie des islamistes est la même depuis 2013. Celle de l’évitement que permet un théâtre d’opérations aussi vaste que le Mali et la mobilité que leur confère leur véhicule, le célèbre pick-up, ainsi que les frontières poreuses des pays voisins. Éviter au maximum d’affronter l’armée française et ses supplétifs africains dans des batailles rangées pour lesquelles ils ne sont pas armés. Abandonner les villes qu’ils sont incapables de tenir pour lancer des embuscades. Bref, harceler pour gagner du temps et gagner du temps pour harceler. Rappelons qu’au début de l’intervention de la France en janvier 2013, François Hollande et Laurent Fabius avaient assuré l’opinion publique que l’engagement de la France au Mali ne durerait, au maximum, que quelques mois. Voilà plus de quatre ans que la France est enlisée dans ce pays. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Et pour quel résultat ? L’intervention au Mali a-t-elle empêché la France d’être touchée de plein fouet par le terrorisme islamiste ? NON. La rébellion islamiste est-elle anéantie dans ce pays africain ? NON. Mission accomplie ? NON. Car si la France se retire il ne faudra que quelques mois pour que les troupes islamistes reviennent en force faisant apparaître l’intervention française pour ce qu’elle est : une parenthèse coûteuse et inutile. Si la France reste, elle se retrouvera face à un ennemi qui restera insaisissable et qui l’entraînera dans un conflit tout aussi coûteux et inutile et dont l’opinion publique française finira par se lasser. Et financièrement parlant, il va devenir de plus en plus difficile de soutenir un effort de guerre aussi lourd. Sous le climat malien l’obsolescence de notre matériel s’aggrave, ce qui ne fait que grever davantage le budget de la Défense. Est-ce bien raisonnable dans la situation financière dramatique dans laquelle se trouve notre pays et alors qu’on ne cesse de demander des efforts à nos concitoyens ? La guerre au Mali est un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre. Un luxe d’autant plus inutile qu’il n’empêche même pas les terroristes islamistes de frapper sur notre sol. Un comble…

Plus anecdotique est la déclaration d’Emmanuel Macron affirmant que « l’ennemi, c’est l’islamisme radical ». Si cette phrase marque un progrès par rapport à son prédécesseur qui n’osait même pas identifier l’ennemi, sauf à désigner un concept vague et inopérant de « terrorisme », elle révèle toutefois une incohérence. C’est l’islamologue français Louis Massignon, admirateur de la civilisation islamique, qui a « inventé » le terme islamiste pour distinguer les musulmans modérés des extrémistes. Un islamiste par définition est donc un musulman extrémiste. Par conséquent les concepts d’islamistes « modérés » ou « radicaux » n’ont strictement aucun sens. L’ennemi ne saurait être l’islamisme radical contrairement à ce que dit Emmanuel Macron mais tout simplement l’islamisme. Lorsqu’on veut combattre son ennemi encore faut-il bien le connaître comme le préconisait le général chinois Sun Tzu. A entendre Emmanuel Macron il est permis de douter qu’il ai parfaitement assimilé la nature du danger qu’il doit vaincre.

Mais le pire est sans aucun doute la prétention ridicule d’Emmanuel Macron, comme ces prédécesseurs, de se fixer comme ambition de contribuer au développement économique du Mali. Ce vieux serpent de mer… Pour cela il veut faire preuve « d’un grand volontarisme » en rappelant que 470 millions d’euros sont déjà attribués pour le développement de la région. Si nous avions à faire à un Etat, à un pays structuré, cet objectif serait tout à fait légitime et complémentaire avec l’action militaire. Mais on parle du Mali… Le Mali ! Un Etat tribal, un Etat totalement corrompu dans lequel prime avant tout les solidarités ethniques, un Etat totalement ingérable. L’incurie des autorités y est légendaire. Comment peut-on sérieusement croire que le « volontarisme » permettra de changer comme par miracle les lacunes séculaires de cette région. On pourra y mettre tout l’argent du monde que cela ne réglerait rien du tout. Cela revient à vouloir remplir le tonneau des Danaïdes. Comment peut-on s’aveugler à ce point ? La même politique produira les mêmes erreurs.

Jusqu’à présent tout semble aller bien pour Emmanuel Macron. La communication est parfaitement réglée tout comme la mise en scène. Un vent nouveau semble souffler sur la France. Un sans faute comme nous l’avons dit plus haut. Mais lorsqu’on regarde au-delà des apparences, le nouveau Président de la république n’est pas sans nous rappeler le personnage cinématographique du guépard et sa fameuse réplique : « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

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Catégories :France

1 réponse

  1. Peut-être est-il meilleur à chasser la cougar qu’à faire le guépard…

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