Crise entre Berlin et Ankara : Erdogan défie l’Europe en son coeur

Céder au chantage ou à l’intimidation ne rapporte jamais rien et surtout pas la liberté ou la paix. Tant que l’on croit pouvoir s’en sortir en complaisant aux quatre volontés du maître chanteur, celui-ci triomphe, nous méprise et nous humilie.

Le néo-sultan d’Ankara a perdu son sang-froid. Il a vociféré, éructé grossièrement d’innommables insultes à l’adresse de l’Allemagne qui, dans un éclair de lucidité, en interdisant quelques meetings visant à mobiliser les Turcs d’Allemagne en faveur de la réforme constitutionnelle qui doit parachever le 16 mars prochain, la mainmise du président Erdogan sur tous les rouages institutionnels du pouvoir, osait brider son offensive politique interne portée sans vergogne sur le sol germanique. Une « démocrature islamique » ouvertement conquérante et délirante est donc en train de s’installer à nos portes, qui tient nos Etats pour quantités négligeables, simples aires d’intimidation offertes à la mégalomanie de son chef via l’instrumentalisation de communautés immigrées transformées malgré elles en armes politiques au service du grand dessein sultanesque… Et nous, Européens placides, iréniques et indécrottablement confiants en l’avenir, poursuivons benoîtement avec elle un «dialogue» sur son adhésion éventuelle à l’UE et, -à prix d’or-, un «partenariat» migratoire qu’elle menace de rompre à chaque instant si on ne lui passe pas tous ses dangereux caprices. Comment une telle agression turque, aussi soudaine qu’infamante, a-t-elle été possible au cœur du Vieux continent, en son centre politique et économique ? Sans doute parce que l’Europe est faible, divisée, inquiète de la pression migratoire qui angoisse ses peuples et menace ses politiciens. Et elle nie cette réalité et préfère payer le prix croissant de son insondable naïveté structurelle.

Car les enchères montent. Face à notre pusillanimité, le président turc démontre par ses réactions qu’il ne considère finalement l’Europe que comme un espace lâche où dépérissent et se délégitiment progressivement des nations identitairement avachies qui renoncent à elles-mêmes, un espace où il doit lui être loisible, comme « à domicile » (c’est pourquoi cette réaction allemande l’a surpris) de parler à « ses » communautés qui sont les pions européens de sa stratégie globale d’influence. Il est vrai que les reculades allemandes face aux exigences des autorités turques touchant leur importante population en Allemagne ne se limitent plus à une mansuétude déjà incompréhensible avant la crise migratoire de l‘été 2015 et le généreux appel de la chancelière Merkel à l’accueil de tous les réfugiés. Cette « ouverture » a fait long feu et même fragilisé le pouvoir de celle qui avait voulu prendre le leadership de la croisade des grands cœurs face au drame syrien. On le sait, il y a en proportion bien peu de Syriens qui se pressent aux frontières turques, libyennes, grecques et italiennes…

La faiblesse, le laxisme, l’aveuglement ne font pas une politique. Et n’ont aucune chance de permettre l’apaisement. Celui qui est à l’offensive profite juste de notre naïveté timorée. Les failles de l’acclimatation déficiente des populations musulmanes aux lois, valeurs, et pratiques démocratiques – ici allemandes mais tout autant françaises-, sont devenues des gouffres béants sous nos pieds qui promettent des affrontements gravissimes quand, bien trop tard, nous nous aviserons enfin de répondre à une provocation de trop. Le président Erdogan porte le fer au flanc d’une Europe qui le craint et croit avoir besoin de lui pour refouler des populations migrantes qu’elle n’ose pas déclarer indésirables pour rester fidèle à ses généreux principes. Ceux-ci sont pourtant devenus de dangereuses chimères dans le contexte sécuritaire actuel d’un affrontement civilisationnel instrumentalisé par des groupuscules ultraviolents, mais aussi par des Etats prosélytes qui repoussent les frontières de la coexistence pacifique pour pratiquer l’ingérence agressive. Le néo-sultan qui veut -et qui va parvenir à- concentrer entre ses mains tous les pouvoirs constitutionnels au sortir d’un référendum qu’il ne peut perdre, sera le maître bientôt absolu d’un pays en crise économique dont les ambitions géopolitiques sont désormais mises à mal par un rapprochement russo-américain en Syrie où le bon sens semble étonnamment plus présent que dans les couloirs du Pentagone ou même du Congrès.

(…) Un sursaut de lucidité et de pragmatisme devrait conduire Paris à apporter un soutien sans équivoque à notre allié allemand face aux vociférations infamantes du président Erdogan. Au-delà, il est grand temps pour l’ensemble des Européens de refuser l’intimidation et le chantage turcs et d’exprimer unanimement leur solidarité avec Berlin en décidant de clore immédiatement et définitivement ce processus d’adhésion devenu inenvisageable même à très long terme. Consentir à poursuivre ce dialogue qui n’est qu’un marché de dupes, trahit notre faiblesse politique et culturelle, et démontre dramatiquement combien les dirigeants européens sont à contretemps du nouveau monde et de ses enjeux civilisationnels et identitaires, qu’il ne s’agit plus de nier mais de structurer au profit de la coexistence pragmatique et respectueuse de nations raffermies.

Source : http://galacteros.over-blog.com/2017/03/le-figaro-crise-entre-berlin-et-ankara-erdogan-defie-l-europe-en-son-coeur.html

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Catégories :Allemagne

1 réponse

  1. il montre son vrai visage, regardez le bien …..

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