François Fillon et l’Europe gaullienne : vers une coopération Paris-Berlin-Moscou ?

xvma265cc0e-b00c-11e6-9eff-125cc857c806FIGAROVOX/TRIBUNE – L’ancien Premier ministre est connu pour ses positions russophiles. Pour Caroline Galactéros, celles-ci s’ancrent dans une vision réaliste de l’Europe et pourraient permettre un rééquilibrage du couple franco-allemand.

(…) Nul doute que la semaine qui débute va voir se polariser le débat autour d’un prétendu cynisme de la vision internationale du vainqueur de dimanche, que l’on transformera en «ami des monstres» Poutine et Assad. Mais le dogmatisme présomptueux et à contretemps du réel de son challenger ne convainc plus. L’islamisme radical a démontré sa dangerosité, a souillé nos rues du sang de nos concitoyens. Celui qui, rêvant éveillé, disait en 2012 je crois, que «Bachar el Assad n’en avait que pour quelques semaines» n’est que «le double» d’un Laurent Fabius qui, quelques mois plus tard, trouvera «qu’Al Nosra (i.e. al-Qaïda) fait du bon boulot» en Syrie…. Surtout, son projet «d’accommodements raisonnables» avec l’Islam est suicidaire et sa naïveté envers le mouvement des Frères musulmans qui irrigue et quadrille silencieusement nos «territoires perdus» pour y transformer les consciences et favoriser la transformation de notre société est gravissime. Au-delà même d’une tentation électoraliste choquante et d’une très mauvaise appréciation de la dangerosité réelle de réseaux qui prospèrent et s’imposent via leurs nouveaux porte-parole de talent accueillis sans malice par nos médias, c’est la démonstration d’une faiblesse politique sidérante, d’une allégeance qui ne dit pas son nom. D’une soumission.

Quant à la Russie, la férocité de l’anti-russisme en France – notamment depuis deux ans – relayé par les médias et bien des analystes qui se déconsidèrent d’un tel parti pris, n’est que le revers stupide d’une fureur et d’une jalousie devant l’évidence russe et celle d’une convergence historique, culturelle et civilisationnelle qui résiste à l’étroitesse d’esprit et l’ignorance de notre petit Landernau intellectuel qui vit décidément hors du monde. La Russie ne menace ni l’Europe ni l’Occident. Elle en est l’un des piliers. Elle a juste cessé de se laisser ostraciser par Washington et ses affidés européens. Elle veut retrouver son rang dans le monde, faire respecter ses propres «lignes rouges», cesser de se laisser tailler des croupières en Europe, ménager ses intérêts énergétiques et juguler l’islamisme qui la menace aussi. L’implication de Moscou dans un Moyen-Orient que l’Occident a cru pouvoir déstabiliser sans interférences, montre combien le monde a changé et combien ceux qui s’en croyaient les maîtres à jamais – pour le meilleur mais aussi le pire -, supportent mal la vérité et ne comprennent pas les atouts humains de la realpolitik. Encore une fois, il ne s’agit pas d’embrasser les Russes sur la bouche mais de savoir enfin où sont nos intérêts véritables. Et ils ne sont clairement pas dans le soutien aux islamistes sunnites qui fomentent ou inspirent les attentats qui tuent des Français en France. Il faut sortir de cette schizophrénie intenable aux conséquences sanglantes, ici comme là-bas, aux dépens de populations que l’on prétend vouloir protéger.

François Fillon a en effet compris mieux que d’autres et depuis longtemps que la Russie était un immense voisin indispensable à la construction du nouvel équilibre mondial mais aussi européen. L’Europe et la Russie disposent ensemble de la masse critique indispensable pour constituer, entre Amérique et Chine, un ensemble stratégique crédible avec lequel il faudra compter. Que les anciens satellites de Moscou en aient peur peut se comprendre. Que l’OTAN, qui vit de la construction de l’affrontement avec Moscou, préfère préparer la guerre est plus grave. L’arrivée de Donald Trump, lui aussi doté d’un évident bon sens, d’un goût pour le dialogue équilibré avec des hommes forts, et d’un sens des priorités (d’abord s’allier contre l’islamisme radical mondial qui a juré notre perte) est une très bonne nouvelle. Prions pour qu’on le laisse faire. Le nouveau président américain veut mettre les Européens face à leurs inconséquences et leur demander de se prendre en main et en charge pour leur défense et leur sécurité? C’est une opportunité sans précédent pour l’Europe et pour la France, qui doit se replacer – grâce à son outil militaire unique – et à une diplomatie indépendante enfin digne de ce nom, à la première place politique du continent en sachant entraîner sa grande voisine allemande et d’autres États qui le souhaitent dans une renaissance collective enthousiasmante. Aujourd’hui, après 5 ans de colossales erreurs d’appréciation diplomatique et stratégique, et quelques autres auparavant lourdes aussi de conséquences sécuritaires, nous sommes au bord du gouffre. Paris ne compte plus au Moyen-Orient (ni vraiment ailleurs). Humiliation suprême, nous y sommes désormais tenus pour «une puissance affinitaire». Il faut tout reprendre, tout repenser et rebâtir une grande politique étrangère réaliste et humaine, en accord avec nos intérêts et nos valeurs.

Seul un véritable homme d’État mêlant vision, autorité et calme détermination peut relever de tels défis. Notre ancien président ne s’y est pas trompé hier soir qui, dans un discours poignant et d’une grande hauteur de vue, a apporté au vainqueur un soutien sans équivoque.

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/11/21/31001-20161121ARTFIG00269-francois-fillonet-l-europe-gaullienne-vers-une-cooperation-paris-berlin-moscou.php

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Catégories :France

1 réponse

  1. Ça me fait penser à la cavalerie mexicaine, avant la bataille. Attention de pas fatiguer les chevaux!!!

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